Une vraie voix wolof
La voix qui parle est celle d'une locutrice, clonée à partir de ses propres enregistrements. Ses rires aussi sont les siens. C'est la différence entre être compris et être deviné.
Intelligence artificielle · Wolof · Dakar
Pas du français traduit mot à mot. Pas une voix française avec un accent. Une assistante à qui on parle comme à quelqu'un, et qui répond à voix haute — y compris à ceux qui ne savent pas lire.
Le problème
Demandez à n'importe quelle intelligence artificielle de répondre en wolof : elle y arrivera, d'une certaine façon. Elle emploiera des mots justes que personne n'utilise, construira des phrases correctes que personne ne dit, et les prononcera avec la bouche d'un francophone. Le résultat se comprend à l'écrit, et s'écoute mal.
Le vrai wolof de Dakar n'est pas celui des dictionnaires. Il mêle le français sans prévenir, il a ses raccourcis, son rythme, et des mots que seul l'usage enseigne. Une machine qui l'ignore n'est pas fausse : elle est simplement étrangère.
C'est ce décalage que KHALAM travaille — pas la performance du modèle, mais la distance entre ce qu'il sait et ce qu'on entend réellement dans la rue.
La voix qui parle est celle d'une locutrice, clonée à partir de ses propres enregistrements. Ses rires aussi sont les siens. C'est la différence entre être compris et être deviné.
Une règle simple tranche chaque mot difficile : est-ce qu'un chauffeur de taxi à Dakar l'emploierait ? Si non, il se dit en français. C'est ainsi qu'on parle ici, et c'est ainsi qu'elle parle.
Tous les montants, tous les calculs se disent en français, même au milieu d'une phrase en wolof. Décision prise après essais : une erreur sur un montant lu à voix haute coûte de l'argent à quelqu'un.
Sous chaque réponse, un bouton permet à un locuteur de donner la bonne formulation. Les mots repris entrent dans un lexique partagé par les trois applications : la langue grandit avec l'usage au lieu de rester figée.
Ce que ça donne
BIA écrit à votre place. On lui dicte en wolof, elle rédige en français : un devis en PDF, une lettre, un message prêt à partir sur WhatsApp. Elle lit aussi à voix haute les papiers qu'on lui photographie — une convocation, une ordonnance, une facture.
BIBA répond aux visiteurs d'une maison, à voix haute, sans menu et sans formulaire. Elle ne dit que ce qu'elle sait : ni un prix, ni une date, ni un numéro qu'on ne lui a pas donné. Une réponse inventée, lue à voix haute à quelqu'un qui y croit, coûte plus cher qu'un « je ne sais pas ».
L'Interprète met deux langues dans une seule conversation. Chacun parle la sienne, le téléphone dit l'autre à voix haute. Au marché, au guichet, chez le médecin — partout où ne pas se comprendre coûte du temps ou de l'argent.
Pour qui
Au Sénégal, beaucoup de gens mènent leur travail et leur vie entière à l'oral. Ils font écrire leurs messages par un voisin, un fils, un ami — et ils attendent. Le tailleur, le maçon, le mécanicien font très bien leur métier ; c'est le papier qui doit être en français.
Une interface qui demande de lire, de taper, de choisir dans un menu les laisse dehors. Une application à qui l'on parle les fait entrer. C'est le principe de départ, et il commande tout le reste : l'écran met le micro au centre, et le clavier se replie.
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